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littérature.

saxon et demi-franc, et ensuite j’ai placé ma muse religieuse dans sa châsse comme une sainte.

Parmi ceux qui l'ont vue, quelques-uns ont prié devant, et ont passé outre ; beaucoup d’autres ont ri ; un grand nombre m’a injurié : tous m’ont foulé aux pieds. J’espérais que l’illusion de ce nom supposé ne serait qu’un voile pour moi, je sens qu’elle m’est un linceul.
 
O ma belle amie, sage et douce hospitalière qui m’avez recueilli ! croirez-vous que je n’ai pu réussir à renverser le fantôme de Rowley que j’avais créé de mes mains ? cette statue de pierre est tombée sur moi et m’a tué ; savez-vous comment ?

O douce et simple Kitty Bell, savez-vous qu’il existe une race d’hommes au cœur sec et à l’œil mycroscopique, armée de pinces, et de griffes ? Cette fourmilière se presse, se roule, se rue sur le moindre de tous les livres, le ronge, le perce, le lacère, le traverse plus vite et plus profondément que le ver ennemi des bibliothèques. Nulle émotion n’entraîne cette impérissable famille, nulle inspiration ne l’enlève, nulle clarté ne la réjouit ni l’échauffe ; cette race indestructible et destructive, dont le sang est froid comme celui de la vipère et du crapaud, voit clairement les trois taches du soleil et n’a jamais remarqué ses rayons ; elle va droit à tous les défauts ; elle pullule sans fin dans les blessures même qu’elle a faites, dans le sang et les larmes qu’elle a fait couler ; toujours mordante et jamais mordue, elle est à l’abri des coups par sa ténuité, son abaissement, ses détours subtils et ses sinuosités perfides ; ce qu’elle attaque se sent blessé au cœur comme par les insectes verts et innombrables que la peste d’Asie fait pleuvoir sur son chemin ; ce qu’elle a blessé se dessèche, se dissout intérieurement, et sitôt que l’air le frappe, tombe comme ces habitans d’Herculanum, que l’on croyait vivans à les entrevoir, mais qui s’écroulèrent en poudre au premier souffle ou au moindre toucher.

Épouvantés de voir comment quelques esprits élevés se