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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/49

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de même d’une lettre que les missionnaires m’avaient adressée la veille ou l’avant-veille, l’on ne voulut point permettre aux Anglais de me l’apporter.

Bien que Tahofa ait échoué dans la partie la plus importante de ses projets, cette affaire lui aura fait connaître toute sa force ; la gloire d’avoir pu résister aux armes européennes aura singulièrement accru son influence aux yeux des autres chefs, et probablement il finira par envahir le pouvoir suprême dans Tonga-Tabou. Ce sera un grand malheur pour cette île, car sous un chef aussi perfide, aussi ambitieux et secondé par des guerriers avides et turbulens, ses habitans redeviendront plus sauvages et plus redoutables qu’ils n’ont jamais été ! Malheur aux navires européens qui voudront se confier à leur bonne foi, ils courront fort le risque de subir le destin du Port-au-Prince, du Portland et du Ceres.

Une innombrable quantité de fossés avaient été creusés dans l’enceinte de Mafanga, et les guerriers s’y tenaient cachés constamment. Tahofa et ses gens étaient toujours aux avant-postes. Dès le premier coup de canon, Palou s’était enfui sur les derrières de la place, à près d’un mille de distance du rivage, et là il s’informait encore souvent avec inquiétude, si les boulets ne pouvaient pas arriver jusqu’à lui. Dans cet égui, le don de la parole ne se trouvait pas uni à la valeur militaire.

Dans les projets de destruction que les insulaires méditaient sur le navire, j’étais constamment désigné comme le premier à faire périr, d’une voix unanime, par les hommes, les femmes et les enfans. Cependant j’avais comblé ces malheureux de présens, et je n’étais pas descendu une seule fois à terre sans distribuer gratuitement aux femmes et aux enfans des bagues, des verroteries et autres bagatelles ; mais ils ne me pardonnaient point les ordres précis que j’avais donnés, de n’admettre à bord que les chefs d’un certain rang, ordres que je faisais toujours exécuter strictement quand je m’apercevais qu’on s’en relâchait. Ils sentaient que sans cette mesure, ils eussent indubitablement réussi