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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/487

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remède à nos misères une source d’idées déjà épuisée et tarie par nos maîtres. Après eux, nous allions ruminant leurs systèmes, à mesure qu’ils les quittaient, vides et désenchantés ; et plus dépendans mille fois dans le principe de notre philosophie que nous ne l’étions dans notre vie sociale, nous bâtissions notre foi de tout ce que nous entendions crouler chez eux dans leur croyance.

Au dix-huitième siècle aussi, la France alla chercher ailleurs que chez elle le germe de sa philosophie ; elle ne se fit pas faute de le confesser ouvertement, et jamais l’idée ne lui serait venue, à elle, de se faire une originalité furtive et éphémère. Mais aussi cette idée qu’elle avait reçue, comme elle la mania en souveraine, comme elle la poussa fortement dans les affaires de l’Etat, comme elle s’en fit avec génie une épée éclatante pour délier les destinées de son pays ! Reconnaissez, si vous le pouvez, le théorème de Locke dans cette parole qui, sous toutes les formes, enthousiasme, déclamation, stoïcisme, épicuréisme, austère, moqueuse, insaisissable, s’en va limer le fer de l’ouvrier, ronger avec le ver le vieux trône de France, prenant pour siens tous les dangers, toutes les misères, toutes les larmes d’un siècle. Au contraire, si quelque chose devait montrer combien notre philosophie de la restauration était mal entrée au cœur du pays, c’est de voir ce qu’elle est devenue à l’œuvre, sitôt qu’il l’a appelée à son aide. Trois jours d’épreuves ont suffi pour la disperser de telle sorte qu’on en cherche en vain la trace. Dans un danger si faible, combien d’hommes ont trouvé leur idée digne qu’ils prissent racine avec elle, et qu’ils partageassent ses chances avec elle ! Disons-le hautement, la philosophie a abdiqué sa mission depuis qu’une révolution a passé