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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/482

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il le devait être de la société enfantée par la déclaration des droits. Fichte, qui le suit, est le génie idéalisé de la Convention, le principe de la Montagne appliqué à l’intelligence de l’univers. Excepté cette farouche république, qui poussa aussi loin que lui le mépris du passé et de la tradition, qui fit mieux l’apothéose de la volonté humaine, qui secoua et nia plus puissamment que lui jusqu’à la nature elle-même ? Imaginez un de ces hommes de 93, sorti brusquement de la mêlée ; le voilà qui a dépouillé la ceinture et le panache, qui a essuyé la sueur de son front. Sur quelque cathèdre isolée, avec la ferveur qu’il rapporte des clubs, au lieu de décréter les peuples, les rois et les armées, il n’aura plus affaire qu’aux idées, au monde, à la substance infinie. Ce montagnard, s’il a du génie, sera Fichte lui-même. Il règne couronné de son seul vouloir. Il décrète, il met au ban, il fait, il défait la création éternelle, comme le génie de la Convention dispose de l’histoire qui se fait autour d’elle. Quand la pensée de l’homme fut si forte, que par la seule énergie déposée dans un peuple, elle créait à son gré une Europe nouvelle, il sembla que ce qui pouvait ainsi changer à chaque instant l’histoire, pouvait aussi changer le monde ; et cette souveraineté exercée sur l’humanité, s’agrandit dans la philosophie jusqu’à l’idée de souveraineté sur l’univers. Ce qui confirme cette alliance, c’est que de sa solitude, Fichte proclama lui-même que tout son idéalisme allait au même but que la carrière si réelle et si rude, où la France avançait [1]. On vit pour la première fois un métaphysicien s’aider ouvertement d’une révolution

  1. Fichte a écrit en effet sur la révolution française et le génie de la Convention, deux volumes qui ont été mis en interdit pendant vingt ans par les gouvernemens d’Allemagne. Voyez dans la Revue Germanique, plusieurs articles, extraits de la correspondance de ce philosophe, que son fils vient de publier.