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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/474

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il garda long-temps sur le dos de tristes souvenirs de cette nuit d’amours.

Un matin, je rentrais de ma promenade solitaire dans les bambous, quand A. vint me dire qu’il avait reçu une lettre de la Havane ; qu’une corvette américaine y était arrivée, et qu’elle nous conduirait de suite à Pensacola. J’aurais aimé cependant à passer tout l’été à San-Suzanna. On n’y a jamais de fièvres ; les pluies, qui à cette époque sont si abondantes et si désagréables à la ville, n’y durent que trois ou quatre heures par jour ; elles ne tombent jamais avant midi, et après l’orage, l’air est rafraîchi par une brise continuelle... Cependant il fallut partir ; et le lendemain matin, avant le jour, j’étais à cheval pour retourner à l’Esperanza. Nous en repartîmes à midi dans la même volante, par une chaleur et une poussière étouffantes... A quatre heures, il plut à torrens... Il fallut aller au pas, et passer à travers les bambous, rendez-vous ordinaire des voleurs ; mais nous n’en rencontrâmes pas, et à dix heures du soir nous arrivâmes à la Havane.

On s’aperçoit d’un bien grand changement dans l’air en revenant de la campagne à la ville ; il est épais et chargé des exhalaisons les plus désagréables, telle que celle du bœuf fumé de Rio-Janeiro. Mais, en arrivant le soir, nous échappâmes au moins à ces régimens de mulets et de chevaux qu’on rencontre le matin, et qui font une poussière que ceux qui l’ont respirée peuvent seuls apprécier. Il entre journellement quinze mille chevaux ou mulets à la Havane!

Il y avait alors dans ce port neuf bâtimens de guerre espagnols, dont trois de soixante-quatorze, et deux frégates ; une frégate et deux corvettes américaines, deux