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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/458

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toutes entourées de joueurs. J’étais assez étonné de voir de simples monteros (paysans) jouer deux ou trois onces d’or [1] à la fois. Ces monteros ont tous de très-belles figures, et sont assez grands et généralement maigres. Leur costume se compose d’un chapeau de paille très-élevé, d’une chemise et un pantalon de toile rayée de couleur, très-serré à la taille et de la plus grande propreté, avec la machetta au côté, le cigare [2] à la bouche, et autour du cou un mouchoir à vignettes attaché négligemment.

Le 21 février commencèrent les fêtes pour célébrer les noces du roi d’Espagne. Il y eut un Te Deum chanté le matin à la cathédrale, où tous les ducs, chambellans et marquis dorés étaient réunis. Dans la soirée à peine pouvait-on avancer dans les rues. On voyait de tous côtés des transparens allégoriques, des portraits du roi et de la reine, des inscriptions relatives à la circonstance, et des viva el rey Fernando VII. Parmi les maisons les mieux éclairées, et ornées avec le plus de goût, se faisait remarquer le consulat de France : il y avait malheureusement un transparent couvert de fleurs de lis, entouré de drapeaux blancs, avec ces mots, vivent les Bourbons. Toutes les rues étaient parfaitement illuminées, et le feu d’artifice, tiré du Morro, se réfléchissant dans la mer, faisait un très-bel effet. Deux vaisseaux avaient été rapprochés de l’Alameda, promenade le long de la baie, et illuminés jusqu’au haut des mâts ; il y avait des transparens à la poupe : c’était un spectacle superbe. A dix heures, il y eut à la Société philharmonique, dans la maison que j’habitais, un bal brillant où rivalisèrent de

  1. Une once d’or vaut près de 8.5 francs.
  2. Il se consomme plus de cigares à la Havane qu’il ne s’en exporte