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cette position, les posaient doucement à terre, où ces pauvres animaux se jetaient encore l’un sur l’autre, et tombaient de chaque côté, exténués de ce dernier effort.

Du cirque, nous allâmes faire une jolie promenade en bateau sur la rivière Canima, qui traverse la ville, jusqu’à de hauts rochers où se trouvent des souterrains dont on ne connaît pas l’étendue, et dans lesquels sont des salles, des colonnades et des stalactiques superbes. Ces souterrains donnèrent asile anciennement aux Indiens que les Espagnols poursuivaient de tous côtés ; mais ces malheureux, y étant à la fin découverts, se précipitèrent dans l’eau, ou furent tués à coups de fusil. C’est ce qui a fait donner à cette ville le nom de Matanzas, qui veut dire massacre, tuerie. Il y a à Matanzas près de douze mille habitans. J’observai que, le 9 février, le thermomètre y marquait vingt-cinq degrés de Réaumur.

De Matanzas à la Havane, je fis un court et agréable voyage sur le bateau à vapeur ; El Vapor el Veloz est un joli bâtiment qui a été construit aux Etats-Unis. Je ne fus pas peu surpris en y voyant arriver un canot avec sept à huit dames qui avaient chacune à la main un certain vase qu’elles tenaient par l’anse. On me dit que c’était par précaution contre le mal de mer ; et je les vis toutes monter une à une sans se dessaisir de ce précieux vase, et aller s’asseoir, d’un air résigné, en attendant le moment fatal. Quoique mon cœur de vieux marin fût à toute épreuve, je ne voulus pas rester plus long-temps en leur présence, et j’allai dehors respirer le grand air.

Nous étions près de trente passagers, non compris deux cents pauvres nègres entassés à fond de cale, arrivés tout fraîchement du Congo. Ce trafic d’hommes