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épais ; le tout animé par des perroquets volant de branche en branche avec leur joli caquetage. Il ne manquait que de l’eau à ce beau paysage. Si les routes des environs de Matanzas étaient quelquefois réparées, elles seraient excellentes ; mais jamais on n’y travaille. Les grosses charrettes qui portent le café et le sucre les défoncent, et y creusent de profondes ornières ; il n’y a que les voitures inversables, comme les volantes, qui puissent y passer.

Le cafétal de M. Stouder, où je me rendais, est à huit milles de Matanzas. Au milieu de notre promenade, un nuage noir et menaçant nous fit revenir sur nos pas. Tout à coup une trompette retentit, et les nègres qui étaient à danser et à jouer se réunirent, et accoururent tous la pelle à la main ramasser en grands tas le café qui était étalé à sécher. Le majorai, ex-colon de Saint-Domingue, et un nègre, présidaient au travail le fouet à la main ; ils le faisaient claquer en criant : Onta ! onta ! Quand le café fut en tas, on le couvrit d’un toit de chaume ou de feuilles de palmiers, fait exprès, qui l’enveloppait de tous côtés.

En rentrant en ville, M. Stouder nous fit arrêter dans un cirque où se donnait un combat de coqs : c’était une enceinte circulaire, entourée de dix à douze gradins, recouverte par un toit. Tout était rempli de spectateurs, et nous y trouvâmes place avec peine. Les combattans étaient déjà fatigués à notre arrivée, et à chaque instant jonchaient la terre ; leurs propriétaires, admis seuls dans l’enceinte, les reprenaient, leur nétoyaient le bec, soufflaient dedans pour en faire sortir la poussière, y pressaient un peu de canne à sucre, les chatouillaient sous la queue, leur grattaient le cou, leur tiraient les pâtes, les approchaient bec à bec, et, dans