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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/433

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RÉVOLUTIONS DE LA QUINZAINE.

Expliquons-nous sur M. Fontaine.

Tant qu’il n’a été que l’architecte du duc d’Orléans, M. Fontaine s’est montré homme habile et intelligent. Tout le monde s’accorde à dire que M. Fontaine a arrangé le Palais-Royal aussi bien qu’il pouvait être arrangé pour le produit, le coup-d’œil et l’agrément. M. Fontaine peut être, en résultat, un excellent architecte pour un bourgeois ; mais depuis le fossé des Tuileries, M. Fontaine est certainement le plus détestable et le plus maladroit architecte qu’on ait placé à la tête des monumens d’une grande nation.

En tout état de cause, un roi de France, et c’est ce que M. Fontaine a totalement oublié, un roi des Français, tout constitutionnel que vous le ferez, n’est jamais tellement chez lui qu’il ne soit pas un peu aussi chez la nation qu’il gouverne. De tout temps, le jardin des Tuileries a été un jardin public, le jardin de tous ; Napoléon lui-même ne songea pas à s’y réserver une plate-bande particulière. Quand il eut un fils, il fit creuser un souterrain, par lequel le roi de Rome se rendait à un carré de trois pieds, qui lui était réservé au bout du jardin : c’étaient là tous les privilèges du fils de l’Empereur. M. Fontaine a fait autrement, il a tout détruit, tout bouleversé ; il a écrasé les plus jolis carrés, il a gâté la belle terrasse de l’eau ; il a défendu aux promeneurs d’approcher de ces vieilles pierres du château qu’on touchait de la main sous Charles X. M. Fontaine a fait de ce palais à l’air libre une forteresse dans un fossé ; il a écrasé les roses pour élever sur leur emplacement des remparts ; il a fait crier tout Paris et tout Paris criera encore jusqu’à ce que la dernière pierre soit placée, jusqu’à ce que M. Fontaine, paisiblement assis sur le bord de son fossé, contemple son ouvrage avec l’air satisfait d’un homme qui a fait un chef-d’œuvre, l’Éléphant en plâtre, par exemple, ou le fastueux monument en bois pour les décorés de juillet.

Ce qui suit est encore plus affligeant, bien que ce soit une chose très-affligeante que la destruction d’un beau jardin. La Bibliothèque, rue de Richelieu, a été livrée au pil-