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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/416

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manifestent autour, et n’existaient pas avant l’apparition du phénomène volcanique.

Avant de quitter cette terre si récente, et dont l’existence, sans doute éphémère aura excité l’intérêt des observateurs, je voulus contempler encore l’immensité dont nous étions entourés, placé au pied du drapeau de notre chère patrie, je tournai mes regards vers elle ; j’aurais voulu me grandir assez pour que mes amis, mes proches pussent me voir.

Il fallut descendre, le signal du départ était donné ; il était temps, car la mer, devenue plus forte, menaçait de remplir notre bateau et de l’entraîner.

Grâce au sang-froid et à l’habileté de nos jeunes officiers, à l’obéissance courageuse de nos matelots, une manœuvre rapide nous fit repasser la barre sans accident... Tandis qu’une partie de l’équipage resta à terre pour lever le grapin, l’autre s’élança dans l’eau avec le bateau pour le maintenir en équilibre et l’empêcher de chavirer ; nos récoltes étaient à bord ; nous étions sauvés ; il fallut seulement que les matelots restés sur l’île avec M. Franlieu nous rejoignissent à la nage.

En deux heures nous atteignîmes le brick, qui, nous voyant venir, mit en panne ; la mer était superbe, et les derniers segmens du soleil entraient dans l’eau ; lorsque nous montâmes à bord, tout le monde était sur le pont ; on nous attendait avec impatience et anxiété. L’excellent M. La Pierre ne nous avait pas perdus de vue un instant ; nous fûmes reçus comme des frères qui reviennent après une longue absence, nous-mêmes nous croyions retrouver une patrie après l’exil.

La vue du drapeau tricolore flottant sur l’île Julia avait excité les acclamations joyeuses de tout l’équipage.

Il n’est pas un matelot de la Flèche qui n’ait dans, son sac un échantillon du volcan ; il n’en est pas un qui ne comprenne sa formation, tant l’enseignement mutuel a fait de progrès à bord.