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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/377

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tous les pouvoirs ne peut les exercer que par délégation ; la constitution française est représentative ; les représentans sont le corps législatif et le roi. »

Ainsi donc, historiquement, la théorie du contrat n’est pas exacte ; elle n’est pas non plus philosophiquement nécessaire pour amener la liberté sociale ; car je lis dans Rousseau lui-même : « Ce qui est bien et conforme à l’ordre, est tel par la nature des choses, et indépendamment des conventions humaines [1]. » Donc la raison même est indépendante île la volonté.

Mais pour comprendre véritablement Rousseau, il faut considérer quelle était sa mission. Il devait, à la fois, réveiller dans l’homme isolé le sentiment de son indépendance, et dans l’homme collectif, c’est-à-dire dans la société, la conscience de son droit de vouloir le bien et le juste, de n’obéir qu’à l’expression même de sa volonté, et de remplacer une législation qui n’avait plus de raison et de légitimité par l’exercice énergique d’une nouvelle liberté politique, c’est-à-dire de la volonté générale. Comment le philosophe définit-il le but social? « Trouver une forme d’association » qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun, s’unissant à tous, n’obéisse pourtant qu’à lui-même, et reste aussi libre qu’auparavant [2]. » Jean-Jacques a vu les deux termes du problème social : l’association et l’individualité. Mais comment l’homme social serait-il aussi libre que l’homme sauvage ? Il aura une autre liberté, une liberté plus grande, puisque ce qu’il ne pourra faire par lui-même, il le fera par d’autres ; il aura la liberté véritablement humaine.

Rousseau a écrit : « La loi est l’expression de la volonté générale. » Dans la pensée même de la loi, que trouvons-nous d’abord, si ce n’est une idée de règle antérieure à l’idée

  1. Contrat social, liv. II, chap. 6, de la Loi.
  2. Ibid., liv. I, chap. 6, du Pacte social.