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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/37

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qui avait pointé presque tous les coups qui furent tirés dans la journée, ne cessa de déployer une activité et une intelligence qui lui firent beaucoup d’honneur.

Au coucher du soleil, les naturels firent sur la corvette une décharge de douze coups de fusil, et pour le coup de retraite, nous dirigeâmes sur le village un coup de canon à mitraille. La surveillance la plus active fut observée durant toute la nuit ; elle était d’autant plus nécessaire qu’à marée basse les naturels pouvaient s’approcher à pied sec sur le récif, à moins de vingt toises de la corvette. Pour peu qu’ils eussent été entreprenans, ils pouvaient hasarder une attaque de nuit qui nous eût été funeste.

La canonnade de la journée n’a point produit l’effet que j’attendais : garantis par leurs remparts, les sauvages peuvent braver mes menaces. Désormais mon unique espérance est de lasser la patience de ces insulaires, surtout de voir la division naître parmi les chefs de l’île, et amener la restitution des prisonniers. Toute la nuit, on a entendu les naturels abattre des arbres pour fortifier leurs retranchemens et réparer les brèches faites dans la journée.

(17 mai.) En effet, au point du jour, nous avons reconnu que de grands travaux avaient eu lieu dans la nuit : d’énormes tronçons de cocotiers, des bananiers entiers avaient été entassés les uns sur les autres pour rehausser les remparts, et même en faire un double rang sur certains points. L’activité de ces sauvages était prodigieuse, et les fossés étaient gardés jour et nuit par des centaines de guerriers armés, tout prêts à s’opposer à une descente. À six heures, comme pour nous saluer, ils nous envoyèrent un coup de mousqueton.

Le ciel était très-couvert, et il tombait une petite pluie continuelle. À neuf heures, M. Guilbert alla dans la chaloupe déraper l’ancre du large, et la reporta à quatre-vingts brasses plus près du récif. Tant que dura cette manœuvre, les naturels ne cessèrent de tirer des coups de fusil sur la chaloupe, tandis que du bord nous leur adressions de temps en