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de tous les emprunts, et enfin ce fut à lui que l’empereur confia les négociations relatives à son mariage avec la jeune princesse, fille d’Eugène Beauharnais.

De retour au Brésil, Filisberto Caldeira Brant profita de l’enivrement que causait au monarque l’alliance la plus heureuse. Au milieu des fêtes brillantes qui se succédèrent, l’adroit courtisan eut l’habileté de s’insinuer de plus en plus dans l’esprit de son maître ; il fit valoir ses importans services, et finit par s’imposer lui-même comme un homme dont on ne pouvait se passer. On lui offrit le ministère des finances et la présidence du conseil, mais il refusa d’accepter ces faveurs, à moins qu’on ne lui donnât une haute marque de la satisfaction impériale, en légalisant, sans aucun examen, les comptes qu’il présentait.

Parvenu au timon des affaires, Filisberto sentit qu’il ne s’emparerait entièrement de l’esprit du monarque, s’il ne réussissait à éloigner quelques favoris influens, et surtout Francisco Gomes, secrétaire intime du cabinet de l’empereur, et da Rocha Pinto, sous-intendant des propriétés impériales. Il leur suscita des querelles, et l’empereur se vit obligé d’envoyer en Europe les deux confidens qui lui étaient si chers. Arrivé à Londres, Gomes n’y perdit point de temps ; il réunit le plus de documens qu’il lui fut possible pour tâcher de prouver que Filisberto n’avait pas toujours été un agent sans reproche, et il envoya ces documens à l’empereur lui-même. L’affection que celui-ci portait à son ministre se changea tout à coup en indignation ; il l’accabla des plus violens reproches, et le destitua.

Tandis que Gomes tramait la perte de Filisberto, ce dernier ne s’était point endormi ; il avait profité du pouvoir qu’il possédait encore, et, accoutumé à manier les bommes il avait su se ménager un parti. Déchu, il ne se laissa point abattre ; mais assuré des appuis qu’il s’était ménagés dans les chambres, il publia un pamphlet où, écartant avec adresse la véritable question, lui-même se fit accusateux. Par la publicité que lui donna Filisberto, cette dispute devint une