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Si nous avions pour but de rapporter tous les faits qui, depuis douze ans, se sont succédés dans l’empire du Brésil, nous aurions le plaisir de citer plusieurs noms justement honorés ; la guerre aussi impolitique que malheureuse du Rio de la Plata, les pirateries de Cochrane, la révolte successive de diverses provinces, nous fourniraient des détails de mœurs d’un très-grand intérêt ; mais, en traçant l’histoire du gouvernement de Rio de Janeiro, de la cour et de ses intrigues, nous croirions plus d’une fois transcrire quelques pages des annales du Bas-Empire.

Fatigué du gouvernement dont il était le chef, tourmenté par des tracasseries toujours renaissante, n’osant accorder à ses ministres une entière confiance, don Pedro chercha des consolations dans les confidences et le commérage de quelques serviteurs, hommes obscurs et sans éducation. L’isolement dans lequel il se trouvait peut sans doute faire excuser cette faute ; mais elle parut d’autant plus grave aux yeux des Brésiliens, que les favoris étaient des Portugais. Infatués de la supériorité de leur pays, ces hommes peignirent à l’imagination du jeune monarque les délices de l’Europe sous les couleurs les plus brillantes, et le dégoûtèrent du Brésil, qui peu à peu se dégoûtait de lui.

Une catastrophe se préparait. Elle fut accélérée par un personnage fameux depuis long-temps parmi les Brésiliens, Filisberto Caldeira Brant, que l’empereur avait nommé marquis de Barbacena. La peinture exacte du caractère de Filisberto aurait quelque chose de très-piquant pour les Européens, et offrirait peut-être un type particulier dans un roman de mœurs. Mais, si l’histoire contemporaine peut se permettre des considérations générales, elle doit d’ailleurs se renfermer dans le récit des faits. Filisberto avait mené une vie fort aventureuse, et déjà, sous l’ancien gouvernement, il était parvenu à une très-grande fortune. L’empereur accumula sur lui les titres et les honneurs. Il fut général en chef de l’armée du Sud, se mit à la tête de toutes les transactions importantes que le Brésil passa avec les étrangers, se chargea