Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/335

Cette page a été validée par deux contributeurs.

RÉVOLUTIONS DE LA QUINZAINE.

Voici une quinzaine qui n’aura eu que huit jours. N’importe. Les révolutions ne manquent pas. Nous avons des histoires bien étranges à notre lever de chaque matin ; chaque jour c’est quelque chose de vieux qui tombe, c’est une rêverie qui s’achève ; ce sont des cris dans le désert, si bien que la politique a rassasié toutes les âmes ; on n’en veut déjà plus. Un peu de répit, de grâce ! laissez-nous un instant de repos ! Peuple en révolution que nous sommes, nous ne demandons pas mieux que d’aller à l’Opéra, que d’ouvrir nos lieux de réunion et de fêtes ; à bas les armes ! peuple ! nous ne nous battrons pas encore cette fois, nous nous sommes bien assez battus.

Ainsi donc toutes les pensées sont à la paix, toutes les volontés à la paix ; la Hollande elle-même, belliqueux royaume, a prolongé la trève, grâce aux volontés énergiquement exprimées de l’Angleterre et de la France. Voilà toute la politique du jour. On ne veut plus de politique ; la chambre des pairs elle-même ne trouve plus d’attention ; si elle ne veut pas de la loi qui la tue, on l’augmentera jusqu’à ce qu’elle soit assez forte pour se suicider de ses propres mains. Éveillez-donc les passions politiques après cela !

Surtout en France, en France, où le système de l’égalité populaire a été mis à de si rudes épreuves ; en France, pays occupé, positif, qui veut vivre libre, mais qui veut vivre avant tout ; dans cette France monarchique qui a en horreur la vie de forum, la vie de paroles en l’air, la vie d’expériences politiques, royaume heureux qui veut être heureux à tout prix, qui est fatigué de bruits, de clameurs, d’utopies, de grands hommes, de nouveautés, de catégories et de révolutions.

Donc le moment est venu où nous aurons à parler beaucoup d’art et de poésie, à faire et à défaire des réputations, à proclamer des noms inconnus, à lire des livres nouveaux, à voir des drames, à être heureux enfin quand nous aurons été assez politiques à notre gré.

Le grand fait de la semaine s’est passé en Grèce, cette Grèce dont on a tant parlé, dont on parle si peu ; royaume sauvé à moitié, qui d’une barbarie est tombé dans une autre, qui a changé