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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/325

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M. DE BALZAC




Lors des premières tentatives de quelques hommes d’un haut talent, pour sortir de la vieille ornière littéraire, la critique avait réduit son travail à une opération toute mécanique. Stupide et fatale comme la censure, elle s’était, à la longue, fabriqué pour chaque genre un moule banal, soigneusement numéroté de peur de méprise ; une sorte de laminoir uniforme et mesquin, par où devaient passer les vigoureuses productions contemporaines, au risque d’en sortir amaigries, mutilées, mortes. Les jeunes écrivains se récrièrent ; ils remontèrent aux principes de l’art pour attaquer la critique sur son terrain, et cherchèrent à lui prouver que ses mesures typiques étaient mal prises et encore plus mal appliquées... Mais elle était devenue sourde et trop vieille pour changer d’habitudes ; on changea de tactique : on lui fit accroire qu’on traduisait de l’allemand, de l’espagnol, du chinois. Puis, les poètes baptisèrent leurs créations à leur fantaisie, appelèrent leurs odes, ballades, leurs tragédies, drames, leurs drame, saynètes... Que sais-je ? La pauvre routinière ne put se reconnaître dans cette nomenclature nouvelle, assaillie, débordée de toutes parts, elle exhala quelques arguties scolastiques, quelques quolibets surannés, devint tout-à-fait folle, et disparut sous un cataclysme de productions qu’elle ne put venir à bout de comprendre et d’analyser.

La grande et féconde critique des beautés, comme l’appelle