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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/317

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A la prière. O toi! matin si désiré,
Lève-toi sans nuage, et de soleil paré ;
Brille sur l’artisan. Que tes brises légères
De l’ouvrier lassé soulagent les misères !
Pauvre enfant du travail, qu’on ne te plaigne pas
L’air, qui sème de fleurs, en ses joyeux ébats,
Le gazon du dimanche ; et le vent qui promène
Un nuage, une fleur, le duvet de la plaine ;
Et le bourdonnement des ruches, où, toujours,
On travaille au dimanche ainsi qu’aux autres jours ;
Et le chant vif et clair de l’alouette, alerte
Le dimanche ; et l’allée au dimanche si verte!
Et le calme soleil de ce jour de repos,
De ce muet dimanche où dorment les échos !

Tous les doux souvenirs, toutes les douces associations d’idées, de sensations, se groupent pour l’artisan autour de cette journée de relâche. Il y revient souvent :

« Dieu, dit-il, ne condamne pas celui qui, travaillant six jours là où la fumée et la poussière obscurcissent la lumière dorée du soleil, se délecte, le septième jour, à écouter les vents, à voir fuir les nuages, à gravir les collines pour prier parmi les fleurs

« Nous ne proscrivons pas le culte prêché, entre des murailles nues ; nous ne méprisons pas la pompe des prières dans les hautes cathédrales, car douces sont pour nous les solennités de notre père, si l’esprit est là, si des cœurs contrits prennent part au banquet céleste, dans la vaste campagne ou dans le temple : Dieu est partout. »

Ceci fait partie d’un long sermon prononcé par le héros du poème, le prédicateur-pâtre, Miles Gordon, qui habite chez une pauvre vieille veuve, l’aide à nourrir ses cinq orphelins, et, après les travaux de la semaine, se lève avec le soleil, et va prêcher sur la montagne. Il est pâle, usé ; ceux qui l’entourent prêtent l’oreille, leurs cœurs battent, ils sentent que l’apôtre parle pour la dernière fois. Son improvisation prend tous les tons : quelquefois douce, abondante, tendre, elle