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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/248

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La grotte de Patané, près la jolie ville de Macao, est située dans l’enceinte d’un vaste jardin. Le travail de M. de Rienzi a donné à cette grotte une forme élégante et monumentale. Il a fait creuser une niche de plus de six pieds de haut sur cinq de large, à l’endroit même où venait s’asseoir Camoëns, rêvant à son poème os Lusiadas. Dans cette niche, il a placé le buste du poète. Le granit a été taillé par le ciseau, et ce monument aurait été complet, si l’étranger locataire du jardin n’eût pas été jaloux de ce Français qui venait de si loin lui donner une leçon de respect et de regrets à la mémoire du poète. En Chine, l’autre occupation de M. de Rienzi fut de classer la plus belle collection d’objets d’art et de curiosités qui se puisse imaginer. Tout ce que l’Orient, ce pays si curieux, a de curieux et de rare, statues, antiques, peintures, costumes, armes, médailles, livres, manuscrits, pierres précieuses, toute une histoire de ce monde à part, si peu étudié, si peu connu… M. de Rienzi l’avait entassé dans un vaisseau qui partait pour l’Inde. Le travail de sa vie entière, le résultat de toutes ses recherches et d’heureuses spéculations, ses études, sa passion, sa fortune, tout était confié au navire O Dourado. Rienzi s’embarqua à Macao, plein d’espoir ; il était riche doublement : il revenait dans sa patrie, grand propriétaire et grand artiste. Mais près de Singapora, sur cette mer de Chine où fit naufrage le grand Camoëns, le naufrage attendait Rienzi. Rienzi, comme Camoëns, sauva à la nage le sabre du guerrier et quelques vers du poète ; plus heureux encore que Camoëns, s’il ne sauva pas une Lusiade, Rienzi sauva son ami, don Joachim d’eça e Castro, descendant de la malheureuse Inès.

Les journaux de l’Inde et de l’Europe ont rendu compte de ce grand naufrage ; tout fut perdu, toute cette fortune, toutes les richesses du travail et de l’art ; toutes ces curiosités, si pleines d’intérêt pour l’Europe savante. Ce que M. de Rienzi regretta le plus, ce fut le journal de ses voyages, l’histoire entière de sa vie nomade et savante ; plus de douze volumes in-8o de recherches et de découvertes, un atlas sans prix de quatre cents cartes ou dessins originaux, sans comp-