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croisées ouvertes. Les dalias s’élevaient superbes et fiers de leurs vives couleurs, au-dessus des reines-marguerites, plante laborieuse et féconde, symbole de la bonne ménagère. Les teintes des feuilles variaient du vert au jaune, et quelques-unes étaient déjà d’un rouge éclatant.

— Que la vue serait belle sur la montagne Sainte-Catherine, et qu’il serait bon d’y aller nous y promener !...

— Allons-y, car bientôt nous aurons la neige, le froid, et il faudra dire adieu à toutes les promenades, dit une jeune femme.

— La promenade sera charmante, répétèrent toutes les voix.

Et déjà les chapeaux de paille étaient posés sur la tète des dames, le voile rejeté de côté avec grâce, le coup-d’œil donné à la glace ; et du bout de leurs légers parasols, les plus jeunes frappaient, à petits coups précipités, sur le parquet, pour hâter le départ.

Toutes les espérances furent dépassées par la perspective qu’offrait, au pied de la montagne, la ville avec son port, ses vaisseaux, les flèches aiguës de ses vieilles églises, et la campagne qui, sous la lumière dorée de ce soleil d’automne, se développait avec amour ; cette campagne riche, variée, immense, emportant avec elle les sinuosités brillantes de la Seine, qui vont s’amincissant, et qui se perdent au loin en courant du côté du Havre, sous un horizon vaporeux, aux teintes chaudes et bleuâtres, aux lignes indécises et confuses.

La jeune tante et lui étaient gais, heureux, épanouis ; ils étaient ensemble, ensemble sous un beau ciel ! On n’aurait pas vu dans leurs regards le moindre nuage ; et dans ce moment surtout, leur affection paraissait purement enfantine.

Ils étaient souvent séparés du groupe des promeneurs.

Lorsqu’il fallut revenir à la ville, la jeune femme se trouva fatiguée ; elle était dans un commencement de grossesse. Comme elle paraissait un peu souffrir, il la prit dans ses bras, et la porta en courant avec légèreté sur le dos incliné de la montagne, jusqu’au petit plateau à mi-côte, où sont les rui-