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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/195

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celle de droite coula rapidement du coin de l’œil d’où elle avait jailli, comme Vénus sortant de la mer d’azur ; cette jolie larme descendit jusqu’au menton, et s’y arrêta d’elle-même, comme pour se faire voir au coin d’une petite fossette, où elle demeura comme une perle enchâssée dans un coquillage rose. La séduisante larme de gauche eut une marche tout opposée ; elle se montra fort timidement, toute petite et un peu allongée ; puis elle grossit à vue d’œil, et resta prise dans les cils blonds les plus doux, les plus longs et les plus soyeux qui se soient jamais vus. Le roi bien-aimé les dévora toutes les deux.

Cependant le sein de mademoiselle de Coulanges se gonflait de soupirs, et paraissait devoir se briser sous les efforts de sa voix, qui dit encore ceci :

— J’en ai pris une... j’en ai pris une avant-hier, et certainement elle était enragée : il fait si chaud cette année !

— Calmez-vous ! calmez-vous ! ma reine, je chasserai tous mes gens et tous mes ministres, plutôt que de souffrir que vous trouviez encore un de ces monstres dans des appartemens royaux.

Les joues bienheureuses de mademoiselle de Coulanges pâlirent tout à coup, son beau front se contracta horriblement, ses doigts potelés prirent quelque chose de brun gros comme la tète d’une épingle, et sa bouche vermeille, qui était bleue en ce moment, s’écria :

— Voyez si ce n’est pas une puce !

— O félicité parfaite, s’écria le prince d’un ton tant soit peu moqueur, c’est un grain de tabac ! Fassent les dieux qu’il ne soit pas enragé !

Et les bras blancs de mademoiselle de Coulanges se jetèrent au cou du roi. Le roi, fatigué de cette scène violente, se recoucha sur le sopha. Elle s’étendit sur le sien comme une chatte familière, et dit :

— Ah ! sire, je t’en prie, fais appeler le docteur, le premier médecin de votre majesté.

Et l’on me fit appeler.