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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/189

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CHAPITRE IV.

Histoire d’une Puce enragée.

C’était à Trianon ; mademoiselle de Coulanges était couchée, après dîner, sur un sopha de tapisseries, la tête du côté de la cheminée, et les pieds du côté de la fenêtre, et le roi Louis XV était couché sur un autre sopha précisément en face d’elle, les pieds du côté de la cheminée, et tournant le dos à la fenêtre : tous deux en grande toilette des pieds à la tête ; lui, en talons rouge et has de soie ; elle, en souliers à talons et bas brodés en or ; lui, en habit de velours bleu de ciel ; elle, en panier sous une robe d’étoffe damassée rose ; lui, poudré et frisé ; elle, frisée et poudrée ; lui, tenant un livre à la main, et dormant ; elle, tenant un livre, et bâillant.

(Ici Stello fut honteux d’être couché sur son canapé, et se tint assis.)

Le soleil entrait de toutes parts dans la chambre, car il n’était que trois heures de l’après-midi, et ses larges rayons étaient bleus, parce qu’ils traversaient de grands rideaux de soie de cette couleur. Il y avait quatre fenêtres très-hautes et quatre rayons très-longs ; chacun de ces rayons formait comme une échelle de Jacob, dans laquelle tourbillonnaient des grains de poussière dorée, qui ressemblaient à des myriades d’esprits célestes, montant et descendant avec une rapidité incalculable, sans que le moindre courant d’air se fit sentir dans l’appartement le mieux tapissé et le mieux rembourré qui fût jamais. La plus haute pointe de l’échelle de chaque rayon bleu était appuyée sur les franges du rideau, et la large base tombait sur la cheminée. La cheminée était remplie d’un grand feu, ce grand feu était appuyé sur de