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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/186

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et la mit dans ses deux mains. Il se tut, et soupira profondément.

Le docteur demeura aussi froid que peut l’être la statue du Czar, en hiver, à Saint-Pétersbourg, et dit :

— Vous avez les diables bleus, maladie qui s’appelle en anglais blue devils.

CHAPITRE III.

Conséquences des Diables bleus.

Stello reprit d’une voix basse :

— Il s’agit ici de me donner de graves conseils, ô le plus froid des docteurs ! Je vous consulte comme j’aurais consulté ma tète hier au soir, quand je l’avais encore ; mais puisqu’elle n’est plus à ma disposition, il ne me reste rien qui me garantisse des mouvemens violens de mon cœur ; je le sens affligé, blessé, et tout prêt, par désespoir, à se dévouer pour une opinion politique et une sublime forme de gouvernement que je vous détaillerai...

— Dieu du ciel et de la terre ! s’écria le Docteur noir en se levant tout à coup, voyez jusqu’à quel degré d’extravagance les diables bleus et le désespoir peuvent entraîner un poète !

Puis il se rassit, et remit sa canne entre ses jambes avec une fort grande gravité, et s’en servit pour suivre les lignes du parquet, comme s’il eût géométriquement mesuré ses carrés et ses losanges. Il n’y pensait pas le moins du monde ; mais il attendait que Stello reprît la parole. Après cinq minutes d’attente, il s’aperçut que son malade était tombé dans une distraction complète, et il l’en tira en lui disant ceci :

— Je veux vous conter...

Stello sauta vivement sur son canapé.