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ma chambre pour déjeuner à la hâte avant l’appareillage, lorsqu’un bourdonnement confus et général me rappela précipitamment sur le pont. On me dit alors que les naturels, réunis en force sur la pointe de Pangaï-Modou, avaient attaqué nos hommes, et tentaient d’enlever l’embarcation. Je saisis ma lunette, et je distinguai sans peine quelques uns de nos hommes luttant contre une masse compacte de sauvages, et ceux-ci qui s’efforçaient d’entraîner à la fois et le canot et les matelots.

On me proposa et je fus moi-même un instant tenté de faire tirer un ou deux coups de canon sur la plage ; mais une réflexion subite m’arrêta : ou je ferais viser sur le rassemblement, ou les coups seraient dirigés par dessus la tête des naturels ; dans le premier cas, je risquais de tuer des Français avec les sauvages ; dans l’autre, ce n’était qu’un vain épouvantail pour des insulaires aussi aguerris contre l’effet des armes à feu.

Je préférai faire embarquer vingt-trois hommes dans le grand canot, et les détacher à la poursuite des ravisseurs, sous les ordres de MM. Gressien et Paris : M. Gaimard voulut se joindre à eux. Cette opération fut promptement exécutée ; mais je n’avais pas voulu laisser partir ce détachement sans l’armer complètement de fusils, de sabres, de piques et de munitions : cette précaution avait entraîné vingt minutes environ de retard.

Durant ce temps, les naturels, au nombre de plus de cinq cents, redoublant de vitesse et d’efforts, avaient réussi à faire filer les hommes, le canot et ses agrès, de Pangaï-Modou à Manima, Oneata, et même sur Nougou-Nougou. Vainement M. Gressien, par une manœuvre habile, avait voulu leur couper la retraite en se dirigeant de suite sur Oneata ; malgré toute la diligence qu’il fit, les fuyards s’étaient déjà soustraits à sa poursuite, et ceux qui étaient restés en arrière traversèrent l’entrée du Lagon, et passèrent sur la rive de Hogui.

D’ailleurs, le grand canot tirant trop d’eau, fut arrêté par