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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/176

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quelques lueurs de sens commun et d’humanité qu’ils ont remarquées dans Ferdinand : aussi lui préfèrent-ils don Carlos à tous égards. Ferdinand sait très-bien que la volonté de la même faction qui l’a fait roi absolu suffit pour faire passer la couronne sur la tête de son frère. Certes, il préférerait être affranchi de tuteurs si exigeans ;,mais sa docilité au joug, sa résignation à la tâche qu’ils lui imposent, montrent ce qu’il aurait fait, s’il eût été livré aux seules inspirations de son pouvoir suprême.

D’un autre côté, son gouvernement est dans une fluctuation continuelle : il change toujours ses ministres, et ne les paie jamais. Les difficultés financières et administratives de ce gouvernement ne pourraient être surmontées que par un ministère éclairé, vertueux, patriotique, et dont le pouvoir, profondément enraciné, agissant avec une persévérance systématique, parviendrait à ressusciter la puissance productive et industrielle du pays ; mais où trouver en Espagne une telle administration ? Et fût-elle trouvée, par quel moyen la maintiendrait-on au pouvoir? Le roi n’oserait pas choisir un ministère en opposition avec les prêtres ; et, certes, ceux-ci n’en appuieraient pas un qui serait réellement animé du désir d’améliorer l’état du pays, puisque les plus grands obstacles à sa prospérité sont leurs usurpations et leurs monstrueux privilèges. L’espérer serait une absurdité en politique, car le premier acte d’une telle administration devrait être d’anéantir le pouvoir même qui l’aurait créé. Malheureusement pareille chose ne se présentera pas de long-temps : le clergé a rempli de ses créatures tous les emplois de quelque importance ; il possède une influence prépondérante dans les conseils, les chancelleries et les cours de justice de tout le royaume ; il tient la presse sous sa main ; il peut éteindre les lumières partout et aussitôt qu’elles tenteraient de pénétrer du dehors ; il est commis à la garde des consciences et des opinions de toute ou de presque toute la nation ; indépendamment de ses immenses trésors, il possède en main-morte plus d’un quart du