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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/166

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la propriété territoriale à la neige, qui, d’abord uniformément répandue sur le sol, s’amoncelle bientôt en petites éminences, laissant de tous côtés des places complètement dépouillées. Les causes qui déterminent ce phénomène ne sont pas du ressort des lois humaines ; abandonnez les choses à leur cours naturel, ces amoncèlemens partiels quittent les lieux où ils s’étaient d’abord établis, vont renaître ailleurs, et forment ainsi une sorte de succession continue d’élévations et de dépressions, où tour à tour chacun peut trouver des chances favorables. Voilà précisément l’état de choses le plus avantageux aux intérêts généraux comme aux intérêts particuliers d’une société. C’est précisément à cela que le système de main-morte et des majorats s’oppose ; et lorsque ce système est porté à l’excès, lorsque agglomérant dans un petit nombre de mains des propriétés immenses pour ne laisser dans les autres que le monopole de la misère, il immobilise cette inégalité des richesses, objet constant d’envie et de lutte, il devient la source intarissable et funeste de tous les crimes, de toutes les plaies qui dévorent les sociétés. Sous ce rapport, les lois qui favorisent l’inaliénabilité de la propriété sont les plus contraires et les plus pernicieuses aux fins de toute bonne législation. Mais l’inaliénabilité des propriétés a, s’il est possible, un effet plus pernicieux encore : tandis qu’elle décourage et paralyse l’industrie, elle fait hausser le prix des terres, diminue le nombre de celles qui restent en circulation, et rend ainsi, par une singulière anomalie, leur acquisition plus difficile, en proportion précise de la diminution de leur valeur. C’est ainsi qu’en Espagne le prix des terres devient chaque jour plus exorbitant, parce qu’il exclut tout autre acheteur que celui qui, ayant un extrême désir d’augmenter son majorat, n’examine pas si la valeur intrinsèque du sol est proportionnée à ses produits. Dès-lors, la grande masse du capital flottant va chercher ailleurs un emploi, l’industrie est détournée de ses spéculations naturelles, l’agriculture languit, et les maux de ce système ne cessent de s’accroître