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source d’un torrent qu’on a appelé l’Arveyronet, parce qu’il ressemble à l’Arveyron, sous le double rapport de son aspect pittoresque, et de la brièveté de sa course. Vous savez que la majestueuse architecture de ces portiques de glace, qui vous ont rappelé l’entrée du palais de cristal des génies et des fées, n’est pas soumise aux règles invariables sur lesquelles se fonde l’art de nos Vitruves. Chaque année les présente au voyageur surpris sous un point de vue nouveau : tantôt ils s’arrondissent en vastes ceintres, comme les élégantes arcades des Grecs ; tantôt ils s’élancent en ogives aiguës, comme le portail des cathédrales gothiques ; quelquefois, moins réguliers sans être moins solennels, ils n’affectent d’autres formes que celles sous lesquelles on se peint l’ouverture plus ou moins anfractueuse d’une caverne. Depuis quelque temps, la grotte de l’Arveyron est dépossédée d’une partie de ses merveilles. Ce n’est plus qu’une ruine ; mais, comme tant d’autres ruines, elle doit encore à la routine fidèle des rédacteurs d’itinéraires d’être l’objet d’un tribut obligé d’admiration exclusive. Cette année, la grotte de l’Arveyronet est infiniment plus belle ; et une longue scissure demi-circulaire, qui se forme avec une parfaite régularité au-dessus de sa bouche immense, indique d’avance qu’elle sera magnifique l’année prochaine ; mais les voyageurs qui vont à Chamouny par ton pénètrent rarement jusque dans la vallée d’Argentière. La grotte de l’Arveyronet n’est pas même indiquée dans le petit volume, d’ailleurs exact et curieux, de J.-P. Pictet, et on passera long-temps près d’elle sans la regarder.

La vallée s’élève ensuite peu à peu vers les tristes hameaux de Trélechan d’en bas, et de Trélechan d’en haut, le long d’un ravin effrayant, au sommet duquel on découvre les plus beaux aspects des Alpes, et le Mont-Blanc dans toute sa splendeur. Cette sombre et étroite vallée des Montées ne prête d’asile à ses habitans que pendant trois ou quatre mois de l’année ; après cela, ils s’en exilent pour aller chercher sur un plateau voisin un abri contre les avalanches. Des croix