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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/115

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ces deux femmes initiées aux mystères de son amour, sa contenance, le son de sa voix, l’expression de ses regards, eurent un peu de la puissance attribuée à la torpille. La marquise et madame de Wimphen restèrent comme engourdies par la vive communication d’une douleur horrible.

Le son de la voix de lord Grenville faisait palpiter si cruellement madame d’Aiglemont, qu’elle n’osait lui répondre de peur de révéler à son amant l’étendue du pouvoir qu’il exerçait sur elle ; lord Grenville n’osait regarder Julie, en sorte que madame de Wimphen fit presqu’à elle seule les frais d’une conversation sans intérêt. Lui jetant un regard empreint d’une touchante reconnaissance, Julie la remercia du secours qu’elle lui donnait ; et, alors, les deux amans, imposant silence à leurs sentimens, restèrent dans les bornes prescrites par le devoir.

Mais bientôt on annonça M. de Wimphen.

En le voyant entrer, les deux amies se lancèrent un regard, et comprirent, sans se parler, les nouvelles difficultés de la situation. Il était impossible de mettre M. de Wimphen dans le secret de ce drame, et Louise n’avait pas de raisons valables à donner à son mari, en lui demandant à rester près de son amie.

Lorsque madame de Wimphen mit son châle, Julie se leva comme pour aider Louise à l’attacher, et elle lui dit à voix basse :

— J’aurai du courage !… S’il est venu publiquement chez moi, que puis-je craindre ?… Maintenant je résisterai ; mais, sans toi, dans le premier moment… en le voyant si changé, je serais tombée à ses pieds.

Les deux amies s’embrassèrent. Julie était brûlante.

— Hé bien ! Arthur, vous ne m’avez pas obéi ?… dit madame d’Aiglemont d’une voix tremblante, en revenant prendre sa place sur une causeuse, où lord Grenville n’osa s’asseoir.

— Je n’ai pu résister plus long-temps au plaisir d’entendre votre voix, d’être près de vous. — C’était une folie, un délire. — Je ne suis plus maître de moi je me