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Julie lisait ; elle n’entendait plus rien… Son amie, attentive, vit les sentimens les plus actifs, l’exaltation la plus dangereuse, se peindre sur le visage de la marquise ; elle rougissait, elle pâlissait tour à tour… Puis, elle jeta la lettre dans le feu.

— Cette lettre est incendiaire ! Oh ! mon cœur m’étouffe !… Elle se leva, marcha ; ses yeux brûlaient.

— Il n’a pas quitté Paris !… s’écria-t-elle !…

Son discours saccadé, que madame de Wimphen n’osa pas interrompre, fut scandé par des pauses effrayantes ; et, à chaque interruption les phrases étaient prononcées d’un accent de plus en plus profond. Les derniers mots eurent quelque chose de terrible.

— Il n’a pas cessé de me voir, — à mon insu !… — Il vit d’un regard. — Un regard chaque jour le soutient dans la vie. — C’est sa nourriture. — Est-ce aimer cela ! — Tu ne sais pas Louisa ?… — Il meurt !… — Il me demande à me dire adieu !… — Il va venir. — Il sait que mon mari s’est absenté ce soir pour plusieurs jours, et il va venir ici. — Il va venir dans un moment. — Oh ! j’y périrai. — Je suis perdue. — Écoute ! reste avec moi. — Devant deux femmes, il n’osera pas !… Oh ! reste ici !… — Je me crains !…

— Mais mon mari sait que j’ai dîné avec toi, répondit madame de Wimphen ; il doit venir me chercher…

— Eh bien ! avant ton départ, je l’aurai renvoyé. Je serai notre bourreau à tous deux ! — Mais il va croire que je ne l’aime plus !… Et cette lettre !… Oh ! ma chère, il y a des phrases que je vois écrites devant moi en traits de feu… Une voiture roula sous la porte.

— Ah !… s’écria la marquise, il vient publiquement et sans mystère !…

— Lord Grenville !… cria le valet.

La marquise resta debout, immobile. En voyant Arthur pâle et maigre, hâve, il n’y avait plus de sévérité possible.

Quoique lord Grenville fût violemment contrarié de ne pas trouver Julie seule, il parut calme et froid ; mais, pour