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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/105

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l’attendrissement d’Arthur l’avait promptement gagnée. Elle n’osa pas le regarder, car il aurait lu trop de bonheur sur sa physionomie ; et, par un instinct de femme, elle sentait qu’à cette heure dangereuse elle devait ensevelir son amour au fond de son cœur. Cependant le silence pouvait être redoutable ; alors Julie, s’apercevant que lord Grenville était hors d’état de prononcer une parole, continua d’une voix douce :

— Vous êtes touché de ce que je vous ai dit, milord. Peut-être cette vive expansion est-elle un reproche indirect, et tout à la fois le repentir d’une âme aussi gracieuse et bonne que l’est la vôtre… Vous m’aurez crue ingrate en me trouvant constamment froide et réservée, ou moqueuse et insensible pendant ce voyage qui, heureusement, va se terminer bientôt… Je n’aurais pas été digne de recevoir vos soins si je ne les avais pas appréciés… Milord, je n’ai lien oublié… Malheureusement je n’oublierai rien… ni la sollicitude qui vous faisait veiller sur moi comme une mère veille sur son enfant, ni surtout la belle confiance de nos discours, la noblesse de vos procédés ; mais il est hors de mon pouvoir de vous récompenser…

À ce mot, Julie s’éloigna vivement, et lord Grenville ne fit aucun mouvement pour l’arrêter… La marquise alla sur une roche, à une faible distance, et y resta immobile. Leurs émotions furent un secret pour eux-mêmes. Sans doute ils pleurèrent ; et, dans ce silence, les chants des oiseaux si gais, si prolixes d’expressions tendres au coucher du soleil, durent augmenter la violente commotion qui les avait forcés de se séparer. La nature leur exprimait l’amour dont ils n’osaient se parler.

— Hé bien, milord,… reprit Julie.

Elle était debout, devant lui, dans une attitude pleine de dignité.

— Hé bien, milord, répéta-t-elle en prenant la main d’Arthur, je vous demanderai de rendre pure et sainte la vie que vous m’avez restituée… Ici, nous nous séparerons… Je sais, ajouta-t-elle en voyant pâlir Grenville, que, pour prix de