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de leur climat, et à une vie plus pénible et plus laborieuse.

Les Cypohais, ainsi que les Winnebagoes, les Menomienies, les Sioux, et toutes les autres peuplades, croient à un Grand-Esprit ; mais il n’est pas un seul individu parmi eux qui n’ait son manitou, divinité particulière et de son choix. C’est un animal, un arbre, une plante, une racine, et il est rare que dans la même tribu deux individus choisissent le même objet. Dans aucun cas, un Indien n’oserait donner la mort à l’animal qu’il a choisi pour manitou ; et pendant mon séjour chez les Sioux, un guerrier de cette nation fut sur le point d’être dévoré par un ours qui l’avait déjà terrassé, et contre lequel il n’osait, par la raison qu’on vient de voir, se servir de ses armes. Heureusement un Indien qui ne partageait, pas sa croyance le délivra en tuant l’objet de son culte. Lorsqu’un sauvage, par accident, donne la mort son manitou il ne manque pas de lui demander pardon : « Il vaut mieux dans tous les cas lui dit-il, que ce soit moi qu’un autre qui t’ai tué ; car il vendrait ta peau, tandis que je la garderai avec vénération. » Le buffle est le seul animal que personne n’épargne, et qui ne soit pas susceptible de devenir manitou. Ils prétendent que c’est le Grand-Esprit qui prend cette forme pour être à même de pourvoir à tous leurs besoins ; et en effet ils se servent utilement de toutes les parties du buffle, depuis les cornes, qu’ils emploient mille usages différens, jusqu’aux fibres, dont ils se servent pour coudre.

J’assistai à une assemblée des Cypohais, que je trouvai plus bruyante et plus agitée que toutes celles des Sioux dont j’avais été témoin : aussi il ne s’agissait de rien moins que de l’abdication, ou plutôt de la