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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/77

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Certains Qu’un Turc ne refusait jamais l’hospitalité, nous nous rendîmes chez lui. Il nous offrit de lui-même de partager son tapis ; et, il faut le dire à la honte de notre Europe civilisée, j’y connais peu de pays où l’on proposait un logement à un étranger inconnu, quand il troue les auberges trop malpropres pour y passer la nuit.

Joussouf nous fit servir à souper : on disposa le soffrah par terre, et nous nous étendîmes gravement sur le plancher, autour d’un vaste pilaw ; je trouais cela fort pittoresque, et j’étais enchanté, mais mon enivrement oriental fut un peu modéré quand je vis notre hôte démembrer gravement une volaille avec les doigts, et nous en servir les morceaux. Cette naïve simplicité des premiers âges, bien que fort asiatique en elle-même, me fit éprouver un léger dégoût, et je me serais volontiers accommodé de l’usage, moins romantique peut-être, mais un peu plus propre, d’une fourchette et d’un couteau.

J’offris du vin de Bordeaux à Joussouf ; il le refusa sans affectation. Le Prophète (que le salut soit sur lui !) nous dit-il, a proclamé que le vin, les dez… étaient l’œuvre du démon. Vous savez peut-être que c’est en Perse que ce breuvage fut inventé. Le vieux Djemchyd, monarque de ce royaume, mit quelques grappes de raisin à macérer dans un bocal, afin de voir quel résultat elles produiraient. Il avait écrit sur l’étiquette zeher (poison), afin que personne ne fût tenté d’y toucher. Dans un accès de mélancolie, une de ses femmes, résolue de mettre un terme à sa vie, court au bocal où se trouvait l’effrayante étiquette, et le vide d’un trait. Tandis qu’elle attend la mort avec impatience, elle est tout étonnée de sentir sa gaîté renaître ;