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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/76

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avons touché, que de fois nous avons vu, par un destin contraire, nos riches sequins convertis en cuivre ! C’est à quelques financiers de nos jours qu’il faut redemander le secret que Midas laissa dans le fleuve. Chryserme assure aussi que les bords de ce fleuve voyaient autrefois croître une plante qu’il était facile de convertir en un riche métal, nous n’en vîmes d’aucune espèce ; seulement nous ne tardâmes pas à entrer dans un bois de pins, à travers lequel nous marchâmes pendant un mille. A cinq heures, nous traversions le petit village de Cara-Gueuzlu, et à six heures et demie, après avoir suivi quelque temps les bords d’un marais fétide, nous atteignîmes Menimen-Iskelessi. Nos chevaux étaient couverts de sueur et de sang, car nous avions bon gré malgré déterminé notre guide à presser le pas. Il reçut son salaire sans faire une seule observation.

Il fallut traverser un troupeau de plus de cent chameaux accroupis par terre, avant d’arriver au caravansérail où nous nous proposions de passer la nuit. Je faillis tomber à la renverse en y entrant : sur un plancher élevé en estrade, un nombre infini de chameliers et de voyageurs pressés les uns contre les autres, fumaient ou la pipe, ou de mauvais narguilehs. Un nuage d’une épaisse fumée permettait à peine d’apercevoir au fond de la vaste salle un jeune homme qui servait de petites tasses de café à ceux qui en demandaient. J’aurais cent fois mieux aimé partager le lit des chameaux que celui de leurs maîtres, et je sortis du caravansérail avec autant d’empressement que j’y étais entré. J’aperçus heureusement à droite une petite maison avec des vitres ; on me dit que c’était la demeure de Joussouf-Agha, chef de la douane.