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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/69

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Ils concevaient, disaient-ils en la mangeant pourquoi les Francs s’empressaient de venir acheter des huiles dans leur pays ; mais l’horrible purgation qui fut la suite de leur repas, les dégoûta pour jamais des comestibles venus d’Europe.

Une expédition française avait châtié depuis peu de temps leur insolent brigandage, et brûlé une partie de leurs mistiks.

L’éloignement et l’obscurité nous firent perdre de vue les noires montagnes d’Andros. Nous voguâmes toute la nuit vent arrière, et le lendemain matin nous avions pris connaissance d’lpsara et de Chio. La première de ces îles est maintenant presque inhabitée ; nous passâmes assez près pour apercevoir cependant quelques barques de pêcheurs au fond de la baie près de laquelle la ville est située.

On s’étonne, en voyant l’extrême aridité de ce petit rocher, qui peut à peine nourrir quelques chèvres, qu’une population aussi nombreuse que celle qui l’habitait avant le désastre, eût pu amasser tant de richesses. Elle les devait particulièrement au commerce de grains qu’elle avait fait sous pavillon neutre, pendant nos guerres, avec d’immenses avantages.

On nous fit remarquer vers l’extrémité orientale de l’île le point que les Albanais, vendus aux Turcs, avaient livré au capitan-pacha. Sur tous les autres, Ipsara est entièrement inabordable.

Nous étions destinés aux tempêtes. A peine avions-nous dépassé Ipsara, qu’une brise de sud-sud-est se déclara avec violence ; c’est le terrible sirocco. Il ne nous empêcha pas pourtant de doubler le cap Carabournou, et de gagner le port de Foglieri, où le Palinure nous avait précédés de quelques heures.