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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/64

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couvert de petits bosquets d’arbustes et de quelques plantes, parmi lesquels nous remarquâmes le myrte, le thym et la sauge. Parvenus au sommet du mouvement du terrain qui contournait la baie, nous vîmes une fondrière à travers laquelle quelques lièvres s’enfuirent épouvantés, puis une plaine qui se prolongeait vers le nord. Du reste, pas une habitation, pas un habitant, pas un pouce de terre cultivée. Les bergers en Grèce, sont dans l’usage de mettre le feu aux arbres, afin d’obtenir des rejets tendres que leurs chères puissent brouter ; et cette déplorable coutume a dépeuplé presque toutes ses provinces des bois qui en faisaient l’ornement et la fertilité. La colline sur laquelle était situé le temple se trouvait presque séparée de terre par une petite crique où cinq barques étaient venues chercher un refuge : elles étaient montées par des Albanais d’Hydra. Nous nous rendîmes à leur bord ; on est frappé de l’extrême ressemblance de toutes ces physionomies, qui semblent moulées sur le même type dans quelques lieux qu’on les retrouve. Ils s’occupaient à prendre du poisson. C’est vraiment une chose étonnante que l’abondance de la pêche sur ces côtes désertes. Leurs ligues avaient à peine le temps de tomber à fond qu’elles rapportaient de suite une proie : ils amorçaient d’abord avec des vers pour prendre un poisson très-petit ; puis changeant de station, ils se servaient de celui-ci comme d’appât, après l’avoir écorche, pour en pêcher de plus gros, et tous mordaient à l’hameçon avec une facilité et une promptitude qui tenait vraiment du prodige : on se serait cru volontiers sur l’étang enchanté des Mille et une Nuits. Notre barque, en tournant les rochers du promontoire fit lever une volée considérable de tourterelles, qui se