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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/56

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est atteint par derrière d’un coup de hache. A peine a-t-il le temps de s’écrier : « Je suis perdu ! » que son crâne est fendu jusqu’aux épaules. Quatre Anglais partagent son sort ; deux seulement ont le bonheur de gagner leur navire à la nage ; l’un d’eux, dangereusement blessé d’un coup de sagaie, était celui-là même qui m’a raconté cette déplorable catastrophe.

Partout retentissait le bruit de la conque guerrière, partout on courait aux armes. Les pirogues de guerre se réunissaient pour une attaque générale. Dans cette situation périlleuse, affaibli par le perte de dix hommes, l’équipage du Rambler n’eut d’autre ressource que d’abandonner sa prise, de forcer de voiles, et de s’éloigner en toute hâte d’une terre qui lui avait été si funeste. Sa compagne se termina au Port-Jackson.

Je n’essaierai point de peindre quels ont dû être le désespoir et les regrets des parens de John. Son existence ne cessera d’être empoisonnée de remords. Je n’ai pas su s’il avait pu contempler et baigner de larmes le corps inanimé du protecteur qui avait péri en voulant l’arracher aux conséquences funestes de son étourderie. C’est également en vain que j’ai cherché à connaître le résultat de ses amours consacrées par le sang.


JULES DE BLOSSEVILLE, Lieutenant de vaisseau.