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communications avec la mer, qui est à peu de distance, sont faciles par la rivière de l’Apalache et des affluens tributaires ; La ville de Talahassee est sur un plateau étroit, et les pluies qui tombent par torrens dans ces contrées, forment dans les rues, qui ne sont point pavées, des ravins profonds. Les villes s’élèvent en Amérique comme par enchantement. La cupidité a une voix plus puissante que la lyre d’Amphion. Talahasse n’a que quatre ans d’existence, et elle compte déjà une centaine de maisons très-propres, et bâties sur un plan régulier.

Après Talahassee, ils firent route à travers des bois magnifiques et des vallons pittoresques, parsemés de petits lacs d’une eau limpide, sur lesquels naviguaient des troupes innombrables de canards, d’outardes, de grues, de sarcelles, et autres oiseaux aquatiques, qui évitaient avec légèreté les attaques un peu brusque de l’énorme crocodile. On servit à dîner à nos voyageurs des grillades d’ours fort délicates, et un melon d’eau pour dessert. Ils poursuivirent leur route, et passèrent près d’une ferme où les sauvages Séminoles avaient commis deux mois auparavant un horrible attentat. Exaspérés par les vexations d’un fermier limitrophe, ils profitèrent un jour de son absence, et brûlèrent sa femme et ses enfans. Les coupables furent reconnus et punis.

Le 27 juin, M. Portier avec son compagnon de voyage arriva sur les bords de la rivière de Suvannee.

Les environs de cette rivière furent en 1818 le théâtre de la guerre : deux mille sauvages et nègres, dont la plupart étaient marrons, se réunirent sur ce fleuve pour en disputer le passage au général Jackson. A l’approche des troupes américaines, et après quelques