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blanc et potelé autour du cou de son mari, et le baisant au front.

— « Je ne sais, mon ange, répondit Arthur avec insouciance, en comptant avec ses lèvres les palpitations du cœur de Marie…

— « Eh bien ! dit-elle avec un regard ardent et passionné, pendant qu’un frisson voluptueux courait par tout son corps ; eh bien ! mon Arthur, nous mettrons ce mince cristal à moitié entre nos dents… et nous le briserons au milieu d’un de ces baisers délirans… tu sais !…

— « Oh ! viens !… viens donc !… » dit Arthur…

Le soleil se coucha.

Le lendemain, à la nuit, le comte sortit comme d’un affreux sommeil, la langue rude et sèche… le gosier brûlant, et des battemens d’artères à lui rompre le crâne…

Il était à la même place que la veille. Il sentit aussi mille pointes aiguës lui déchirer les entrailles.

Pour lors, il se tordit, cria, mordit la terre, car il souffrait des douleurs atroces…

Dans un moment de calme, il chercha le cadavre de Marie avec angoisse.

— Elle n’y était plus.

Les douleurs le reprenant, il se tordit de nouveau, hurla tant et si bien, qu’un honnête garde-chasse le recueillit, l’emmena dans sa maison et le soigna comme un fils.

L’incroyable force de tempérament du comte résista à cette violence secousse, et au bout de quinze jours il fut presque hors de danger.

Mais qu’était devenue Marie, c’est ce qu’il ne put savoir.

Un matin, le brave garde-chasse apporta, avec sa petite note pour les bons soins donnés à Monsieur (ce qui cotait l’humanité du garde-chasse à 10 francs par jour), apporta, pour distraire son hôte, un numéro de l’honnête Journal de Paris.

Le comte se mit à le lire, et sa figure prit une expression bien étrange.

— « Deux cents francs de récompense à qui ramènera à