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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/447

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Il n’ose la réveiller. Son sommeil est si pur ! Son beau front repose avec tant de grâce !

Comme elle est pâle ! Voilà les traces de ce qu’elle a souffert pour lui, car elle a bien souffert, souffert autant qu’une femme peut souffrir : désespoir, angoisses, opprobre, et tout cela par amour pour lui

Dans ses bras ! dans ses bras ! il faut qu’il la presse dans ses bras !

Ses lèvres froides ! ses yeux fixes !

Morte !

— L’infortuné ! s’écria Tréa, vivement émue par ce récit.

— Oh ! oui, bien infortuné, reprit Sidney, bien infortuné ! car après dix ans de désespoir, il croyait son âme brisée à tout jamais et incapable d’amour : à présent le malheureux en aime un autre… un ange, comme elle.

Mais celle-là qui pourrait faire oublier de telles souffrances, celle-là qui pourrait faire palpiter encore de joie un cœur flétri par le désespoir…

Tréa, elle en aime un autre ! un autre va la posséder !

Et de ses deux mains il se couvrit les yeux.

La jeune fille, laissant sa tête sur la poitrine de Sidney, y cacha son visage.

Et lui, prenant tout doucement une main qu’elle lui abandonnait, la couvrit de baisers et de larmes.

Il s’écoula quelques momens.

— Tréa ! murmura-t-il ensuite avec émotion ; Tréa ! ma Tréa !

Tremblante, joyeuse, troublée, elle leva tout doucement les yeux vers lui… Un cri perçant expira sur ses lèvres, ses joues pâlirent et se crispèrent.

La bouche de Sidney était béante, ouverte comme jamais bouche humaine ne s’ouvrit. Des efforts convulsifs empourpraient son visage à l’étrange et fixe regard.

Il semblait un vampire prêt à dévorer sa proie.

Sidney rejeta la jeune fille, sortit précipitamment, et revint presque aussitôt le sourire sur les lèvres.