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habitation, construite dans le goût de quelques cabanes du Jardin des Plantes à Paris. Elle était formée de troncs de pin de même grosseur, placés les uns sur les autres. On y avait percé des portes et des fenêtres, fermées par des planches façonnées à la hache. Là, M. Portier, accueilli avec hospitalité, trouva un jeune homme qui se rendait comme lui à Saint-Augustin, et ils firent route ensemble. Ils se dirigèrent vers la vallée arrosée par la Chapola, et traversèrent cette rivière à cinq milles au-dessus de l’endroit où elle s’engouffre toute entière dans un abîme souterrain, pour reparaître ensuite en deux branches. Chacune d’elles se perd encore dans la terre par diverses ouvertures, et leurs eaux reparaissent ensemble et se réunissent à une demi-lieue du gouffre dont elles ont rejailli.

On ne parle qu’avec admiration dans les Florides de l’excellence des terres de la vallée de la Chapola, et des grottes curieuses creusées dans les roches calcaires qui forment la base de ce sol fertile. Les fontaines qui rafraîchissent le vallon sont d’une beauté difficile à décrire. A la vue de cette nouvelle Tempé,on est porté à croire aux peintures riantes que les poètes nous ont laissées de la Grèce antique, et aux narrations pompeuses que les voyageurs nous font de certaines contrées de l’Asie. Les arbres sont toujours verts, et, quoique pressés les uns contre les autres, ils s’élèvent à une hauteur gigantesque, en ramassant leurs feuilles vers la cime, comme pour servir d’ombrage contre les rayons d’un soleil brûlant. Quelles sensations délicieuses goûte l’âme du voyageur, lorsqu’en sortant des longues pinières où l’air, raréfié par la chaleur et imprégné d’une forte odeur de térébenthine, fait éprouver des nausées,