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contre le Canada. Le premier trouva la mort sous les murs de Québec le 31 décembre, et le colonel Arnold, qui dirigeait l’attaque contre la ville basse, fut blessé et obligé de se retirer avec perte. Pendant la guerre de 1812 à 1815, le Canada fut aussi très-souvent le théâtre des hostilités entre les deux peuples.

Avant L’année 1660, le Canada ne connaissait d’autre loi que celle du bon plaisir du gouverneur et de son lieutenant. On y institua cette année un tribunal pour le jugement des causes civiles, et la coutume de Paris y lut mise en vigueur. Ce tribunal existait encore en 1759. Les Anglais y promulguèrent à cette époque leur code de procédure civile et criminelle ; mais le peuple, ne pouvant s’accoutumer à être être régi par des lois qui lui étaient inconnues, en témoigna hautement son mécontentement. Ces lois étaient d’ailleurs administrées par des individus aussi étrangers à la jurisprudence anglaise que les Canadiens eux-mêmes. A Québec et aux Trois-Rivières, par exemple, c’étaient des militaires qui prononçaient dans les matières civiles et criminelles. A Montréal, dit le général Murray [1], on avait choisi pour juges « des hommes sans éducation, qui, ayant leur fortune à faire, étaient peu scrupuleux sur les moyens d’y parvenir. C’est, ajoute cet officier, la classe de gens la plus immorale que j’aie jamais vue. »

La noblesse française, qui était toute-puissante, protesta contre de pareils interprètes des lois ; elle cria à l’injustice et à l’oppression, et pendant long-temps l’anarchie la plus complète régna dans la province. Enfin, en 1774, le parlement britannique, reconnaissant la justice des plaintes des Canadiens, et effrayé

  1. Rapport au lords du bureau du commerce et des plantations.