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pour reprendre au printemps leur plumage habituel.

Le quadrupède le plus précieux de cette île est le chien, formant une espèce à part, et nommé chien de Terre-Neuve. La race véritable et pure n’y est pas aussi commune qu’on pourrait le croire, et ce n’est guère que dans les baies de Plaisance, de Fortune et de la Conception qu’on peut la trouver. Docile et susceptible d’un grand attachement, il est facile à contenter pour sa nourriture ; il vivra de poisson frais, cru ou bouilli, de pommes de terre ou de choux ; quant à sa boisson, ce qui semble lui plaire davantage est le sang de mouton. Il aboie rarement, et seulement quand il est fortement provoqué. Il ne donne alors que deux coups de voix, qui semblent pour lui un effort pénible et peu naturel. C’est un bruit qui tient le milieu entre l’aboiement et le hurlement, et alors se joignent à lui toutes les voix des chiens à portée de l’entendre. Son amour pour l’eau, fraîche ou salée, chaude ou glaciale, la grande profondeur à laquelle il peut plonger (j’en ai vu descendre jusqu’à vingt-deux pieds), le temps considérable qu’il peut rester sous l’eau, et enfin, ses pattes palmées semblent le rapprocher de la classe des animaux amphibies. De même que les chiens du Labrador et du Groënland, ceux de Terre-Neuve ressemblent beaucoup au loup. Ils chassent en meutes, et dévorent leur proie…

Je laissai dans le port, en partant du Croc, la