Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/373

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


se poser sur un morne à cent pas de moi. Je me glissai de ce côté, et, caché derrière un rocher, je les vis venir à moi, becquetant à droite et à gauche, faisant un bruit étourdissant, amusant, qui ne peut être apprécié que par un véritable chasseur. J’en fis un grand carnage, et ils ne revinrent plus.

Vers trois heures tout le monde était de retour, et à six tout étant prêt, on se mit en route pour regagner l’embarcation. La mer semblait s’être un peu calmée, et nous nous décidâmes à partir. Des hauteurs où nous étions, on voyait un énorme feu allumé près de la chaloupe par les marins qui étaient chargés de la garder. Il faisait presque nuit, et, à la lueur de ce feu, réfléchi par la mer, à côté de ces hautes murailles de rochers, avec ces paquets et ces armes pêle-mêle, on eût, dit une bande de pirates.

La mer brisait avec force, il faisait froid, et il commençait un peu à venter ; pour ne pas être mise en pièces par le choc, la chaloupe était obligée de se tenir au large. Quels que fussent les dangers que nous présageât l’état de la mer, nous nous embarquâmes. Nous étions vingt-six sur cette frêle embarcation, entassés les uns sur les autres avec les armes, le gibier etc. La lame était très-longue ; cependant tant que nous suivîmes la côte, nous fîmes assez de progrès. La nuit fut bientôt profonde : heureusement la lune jetait de temps en temps, à travers les nuages, sa lumière sur la cime des vagues, et doublant le