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qu’un verre de vin et une galette de biscuit chacun. Il est vrai que devant nous étaient pompeusement suspendus gelinottes, perdrix, et gibier de toute espèce ; mais nous ne pouvions le manger cru. Le ruisseau près duquel était située notre tente était devenu un véritable torrent, et il y avait à craindre qu’il ne vînt nous balayer en passant, car il approchait de plus en plus.

Après être restés ainsi deux jours et deux nuits de suite assis sur des pierres sous notre tente, car nous ne pouvions nous coucher, l’eau s’élevant à deux ou trois pouces de hauteur, le temps devint passable ; mais la mer semblait encore très-forte, et nous n’osions espérer qu’il fût possible de nous venir chercher. On put faire du feu, se sécher, cuire des perdrix, rôtir un quartier de caribou, et se remettre à la chasse presque toujours dans l’eau, car l’île était convertie en lac. Le lendemain, nous nous disposions à partir, quand les chaloupiers arrivèrent chargés de vivres. J’étais très-fatigué, je revins me coucher près du feu ou je m’endormis, pendant que notre cuisinier Botte apprêtait notre repas. Mais Botte me réveilla bientôt en me montrant une nuée épaisse de courlieus, qui planaient au-dessus de nous de manière à intercepter la vue du ciel. Je déchargeai mon fusil, ils tombèrent par douzaine sur Botte, sur moi, dans la marmite, dans le feu, ils pleuvaient ! Tout disparut alors, et je ne vis plus que le ciel bleu. Je me rendormis. Quelques minutes après, Botte me réveilla encore ; c’est toujours les courlieus, qui allaient