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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/369

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coup le long de la montagne devant moi s’allonge une grande ombre : c’était un caribou, il tournait sa tête chargée de ses énormes bois à droite et à gauche, et semblait hésiter s’il devait rester ou descendre. Cependant à la fin il s’avança vers moi, mordant de temps en temps les branches qui se trouvaient sur son passage. Je l’avais déjà depuis long-temps au bout de mon fusil, et à trente pas je le tirai et le vis tomber à genoux. Comme il se traînait sous bois, je m’avançai près de l’eau, et l’achevai du second coup. J’appelai, mais le bruit de la cascade couvrit ma voix. Je fis des brisées aux arbres le long de la vallée, et repris le chemin de la cabane, d’où je revins bientôt avec quelques-uns des nôtres qui emportèrent l’animal sur un brancard. Je tuai ce jour-là neuf courlieus, sept gelinottes, et deux grands oiseaux d’eau. Les gelinottes y sont aussi grosses que de gros coqs de perdrix rouge et nullement farouches. Je les ai toutes tirées posées ; on dirait qu’elles savent à peine voler, et cela leur arrive très-rarement. En effet, elles n’ont aucun ennemi à fuir, si ce n’est l’aigle, et alors ce n’est qu’en se cachant qu’elles peuvent l’éviter. La brume grossit les objets d’une manière incroyable ; ainsi, après avoir tiré un courlieu que je crus voir tomber, je courus pour le ramasser : c’était la bourre de mon fusil.

Le lendemain matin, ma chasse ne fut pas moins heureuse que la veille ; près d’un précipice immense, le long duquel courait un sentier très-frayé,