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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/361

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A notre retour de Grois, nous trouvâmes la baie et le port du Croc remplis de hautes montagnes de glace, et nos matelots occupés à les remorquer le plus près possible de terre. Nous tirâmes quelques coups de canon dessus : dans certains endroits, le boulet n’y faisait qu’un simple trou et y restait, dans d’autres il faisait voler la glace en éclats et la jetait au loin sur la mer. Pendant deux jours, le port en fut encombré, et nous étions obligés constamment de filer sur nos câbles pour éviter d’être choqués par elles.

Vers la fin de juillet, j’allai avec le commandant et l’enseigne Swentson, en canot, aux Saints-Julien, établissement de pêche à trois lieues nord du Croc. Jusque-là les côtes ne sont qu’une suite de hauts rochers noirs à pic, contre lesquels vient briser une mer qui n’a pas rencontré d’obstacles pendant douze cents lieues. Nous traversâmes, au milieu de la brume, une centaine de bateaux mouillés à une encâblure du rivage, et déjeunâmes aux Saints-Juliens ; de là, nous allâmes à deux lieues aux îles Fichot, où sont employés plus de trois mille pêcheurs. Le doyen des capitaines nous invita à dîner, et ce fut dans la cuisine, car dans ce pays cet appartement sert également de salle à manger et de chambre à coucher. Les maisons sont faites de troncs d’arbres superposés, avec de la mousse dans les fissures et du goudron par-dessus ; une lampe à deux ou trois becs, remplie d’huile de morue, suspendue au plafond, sert à éclairer la pièce le soir. Le dîner fut long et copieux ; nous y eûmes une vingtaine de capitaines pour convives.