Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/339

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


nous ne pûmes nous assurer quel objet c’était : peut-être un ours blanc. C’est ainsi qu’ils arrivent à Terre-Neuve, entraînés du pôle par les courans ; ils viennent échouer sur les côtes après un ou deux mois de jeûne, n’ayant pour toute nourriture que leurs pattes à lécher. Quoiqu’à travers la brume, et à cause de ces montagnes, la navigation soit dangereuse, on peut cependant s’apercevoir facilement de leur voisinage avec un thermomètre qu’on présente aux côtés du bâtiment, et même en regardant dans la brume, on voit toujours plus de clarté au-dessus de l’endroit où elles sont que partout ailleurs.

Dans la matinée du 9 juillet, étant venus trop au nord, nous vîmes le cap Charles au Labrador, et une longue suite de côtes élevées s’étendant au nord-est. Nous passâmes la nuit sous l’île de Grois, en vue de vingt-cinq montagnes de glace, et entourés de baleines qui tournaient autour de notre corvette en soufflant et faisant entendre leurs grognemens. Une d’elles passa sous le beaupré, et inonda deux hommes qui se trouvaient en vigie sur le gaillard d’avant. Le 10, nous eûmes beau temps, et la mer nous offrit des effets de mirage singuliers, parmi lesquels nous remarquâmes un brick qui semblait entièrement renversé, c’est-à-dire que son corps était en l’air, et les mâts touchaient la mer. Vers midi, voyant que la brise ne se faisait pas, le commandant fit armer les avirons de la Cérès : il y en avait huit avec huit hommes sur chaque ; mais comme nous ne faisions pas plus d’un mille à l’heure de cette manière, on