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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/325

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À deux lieues de Saint-Pierre est Langlade, ou la petite Miquelon ; il s’y trouve plusieurs sites pittoresques, entre autres la Belle Rivière, remplie de saumons, et sur les bords de laquelle le nouveau gouverneur a fait bâtir une ferme. La végétation de cette île est surprenante : on y élève maintenant beaucoup de bestiaux, et des agriculteurs venus de France savent tirer parti de cette terre, qu’on avait regardée long-temps comme incapable d’être cultivée.

Les cartes marquent encore Langlade comme séparée de Miquelon par un détroit où l’eau aurait trois ou quatre brasses de profondeur, mais c’est une erreur ; elles ont été séparées, et ne le sont plus : la preuve en est que i’ai passé de l’une à l’autre à pied sec sur de petites collines de quinze à vingt pieds au-dessus de la mer et couvertes de la plus belle verdure du monde. Un bâtiment anglais, qui allait de Québec en Irlande, se fiant à ses cartes, voulut passer dans ce détroit, s’y perdit, et la côte est encore jonchée de ses débris.

Nous allâmes un jour à Miquelon présenter le nouveau gouverneur aux habitans. Je tuai un loup marin en chemin, et manquai quelques outardes. Les autorités, au nombre de trois, vinrent sur la plage V au-devant du gouverneur ; un coup de canon le salua à son débarquement, et le commissaire s’excusa d’avoir été si parcimonieux, sur ce qu’il n’y avait plus de poudre dans la colonie. Le bourg de Miquelon consiste en une cinquantaine de maisons alignées sur la plage, toutes en bois comme celles de Saint-Pierre.