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dans les crevasses des rochers, on pouvait juger que l’hiver y avait été rigoureux. Nous avions tourné autour de ces îles pendant trois jours, sans oser nous en approcher, à cause d’une brume constante, qui ne laissait voir d’un bout du bâtiment à l’autre ; mais le 27, vers deux heures, le ciel s’éclaircit, et à environ une demi-lieue, nous vîmes sur notre droite les côtes de Saint-Pierre couvertes de neige. Comptant sur la durée du beau temps, nous avançâmes hardiment près des rochers ; mais la brume nous enveloppa tout à coup, et nous laissa dans une position très-difficile. Nous diminuâmes de voiles, et avançâmes en cherchant à découvrir le Grand-colombier, haute masse de rochers formant une île, qui devait se trouver devant nous. En effet, nous aperçûmes l’écume blanche des brisans, et tournâmes à droite en passant entre ces rochers et l’île de Saint-Pierre, détroit assez dangereux, surtout quand on n’y voit pas. Toutes les cinq minutes, nous tirions un coup de canon pour appeler le capitaine du port et le pilote à notre aide ; mais le plus difficile était fait. Tout à coup, comme un changement à vue à l’opéra, le vent dissipa la brume, et nous nous trouvâmes suivant bonne route, entre deux côtes escarpées et rocailleuses. Nous étions entourés d’une grande quantité de canots à rames et à voiles, entre autres celui du pilote qui monta à bord, et nous conduisit heureusement, à travers plusieurs passes dangereuses, en rade de Saint-Pierre.

Nos regards se portèrent de suite vers la ville, dont