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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/300

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de trahison par le peuple, suite naturelle de la défaite des troupes de la république par les Espagnols, à la bataille Moquya. Cusco était encore au pouvoir de l’ancien vice-roi de Lacerda, et Cantarac, général actif, rétablissait par son courage et sa ténacité les affaires des royalistes. La bataille de Moquya décourageait les indépendants par la perte qu’ils avaient faite des plus braves de leurs soldats, qu’on évaluait à deux mille cinq cents hommes tués, perte énorme relativement au nombre des belligérans ; et les régimens de Buénos-Ayres, venus à travers les Cordillières au secours des Péruviens, avaient à eux seuls perdu plus de quarante officiers. Comme il arrive ordinairement dans les guerres de partis, les vaincus rejetèrent les fautes sur les défections et les trahisons ; aussi l’armée républicaine, mécontente de la junte, ne balança point à méconnaître son existence légale, en faisant demander impérieusement la nomination d’un dictateur, qu’elle désignait. Le peuple, rempli d’espérance pour l’avenir, adopta cette ouverture avec ardeur, et l’assemblée des députés se vit forcée d’accueillir la nomination du colonel Riva-Aguero, comme chef de la république. La délibération des mandataires du peuple fut violentée par l’opinion publique, et cependant ceux qui prirent la parole, finirent dans de beaux discours par crier au danger imminent de la patrie, et par voter en faveur du nouvel élu comme d’un sauveur envoyé par le ciel. Je ne pus m’empêcher de sourir de pitié, lorsque j’entendis le président de la junte dissoute adresser