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des mines, forcèrent les insurgés, réduits à leur courage, et prives du nerf de la guerre, à recourir, dans le premier moment de leur indépendance, à ces ressources inespérées. On retira plus de trois millions de quelques chapelles seulement. Mais les moines crièrent si haut et avec tant de puissance, le scandale des fidèles fut si grand, qu’il fallut bien vite renoncer à ce genre d’exploitation. D’après un adage bien connu, l’église reçoit volontiers, mais ne rend rien ; aussi un moine, qui m’accompagnait dans cette visite, ne tarissait point en malédictions sur ces patriotes infâmes, violateurs des saintes images, qu’ils avaient appliquées aux besoins d’une république impie, maudite, me disait-il, de tout ce qui a un cœur d’homme, et de moine surtout, ajoutai-je entre les dents. On travaillait à réparer une de ces chapelles, transformées en pièces monnayées. Un artiste français, récemment arrivé dans le pays, était chargé de sa restauration, et le bon goût et la simplicité de ses ornemens contrastaient d’une manière fort remarquable avec la profusion et la bizarrerie de ceux des autels environnans. De petits oiseaux en vie, renfermés dans des cages, sont assez communément suspendus aux piliers du maître-autel et les images de La Vierge sont toutes vêtues de robes de soie et d’oripeaux, avec de larges paniers ; enfin, j’en vis une avec une perruque poudrée à blanc, et dont le chignon ample et bien fourni sortait sous un large bonnet de tulle. Comment un esprit vraiment religieux pourrait-il s’astreindre à prier une